Indépendance en matière de production d'électricité
de la Région wallonne
ou
que faire si les Flamands s'accaparent de l'offshore ?



 

C'est la question que posent tous ceux qui veulent justifier la prolifération sauvage de l'onshore en RW : c'est toujours ça que les Flamands ne nous prendront pas !

Pour répondre à la question il convient de rappeler que les réformes institutionnelles de 1980 à 1993 ont conduit la Belgique au transfert de certaines compétences de l'Etat fédéral vers les Régions. Une partie de ces compétences concerne plus spécifiquement l'énergie.

L'État fédéral reste compétent pour les matières dont l'indivisibilité technique et économique requiert une mise en œuvre homogène sur le plan national, à savoir :

  • le plan national d'équipement du secteur de l'électricité ;
  • le cycle du combustible nucléaire ;
  • le transport et la production d'énergie ;
  • les tarifs, les normes de produits (critères que doivent respecter certains produits pour être mis sur le marché).

La Région wallonne, elle, est désormais compétente sur son territoire en ce qui concerne la distribution et le transport local d'électricité au moyen de réseaux dont la tension nominale est inférieure ou égale à 70.000 volts.

Doel n'est donc pas " flamand " et Tihange n'est pas " wallon ".
Comme le nucléaire fournit 55% de l'électricité consommée en Belgique au départ de " l'équipement du secteur de l'électricité " dont la responsabilité est fédérale, on peut analyser l'un ou l'autre scénario-catastrophe tout en rappelant que nous vivons dans un état de droit, surveillé par le droit international, l'UE et l'ONU.
On ne fait donc pas ce qu'on veut, ne fut ce que par décence vis-à-vis de l'opinion internationale.

D'où vient l'électricité consommée en Wallonie ?
La production d'électricité en Belgique se ventile comme suit (Source: SPF Économie, chiffres 2006):

  • centrales nucléaires: 54,5% (production stable depuis 1985, mais part relative en légère baisse)
  • centrales thermiques au gaz: 29,7% (part en augmentation)
  • centrales thermiques au charbon: 8%
  • centrales thermiques au pétrole: 1,6% (presque plus utilisé pour la production d'électricité, mais essentiellement pour le transport et le chauffage)
  • centrales hydroélectriques (y compris pompage): 1,2%
  • éoliennes: 0,4% (part en augmentation)

La dernière statistique de l'IEA (International Energy Agency) montre également que la contribution de l'éolien à la production totale est de 0,4% (quatre millièmes) pour le Belgique (dont 40% d'origine wallonne Tous les énergéticiens vous diront que ce montant infime de 0,16% ne va pas assurer l'indépendance énergétique wallonne !

Il est établi, partout en Europe, que le taux de pénétration de l'éolien plafonne à 20%, ce qui veut dire que la part de l'éolien dans la production totale ne pourra jamais dépasser 20% pour des raisons techniques, environnementales (émission de CO2) et stratégiques (dépendance du gaz pour la régulation thermique de l'intermittence).

Imaginons que la Wallonie voudrait que ces 20% soient " les siens ", c.à.d. en provenance de l'onshore wallon, et donc protégés des tentatives d'accaparement flamands. Selon les prospectives du Bureau du Plan la consommation sera de 100TWh/an en 2020, dont 40TWh pour la Wallonie. Il faudra alors 8TWH/an (20% de 40TWh) de production éolienne. Vu le médiocre potentiel venteux (on peut induire des dernières statistiques de la CWAPE quant à l'attribution des CV éoliens, que le vrai taux de charge est de 16%), chaque MW éolien produit donc 0,16 x 8760 = 1400MWh/an. Pour réaliser la production éolienne de 8THW/an précitée il faut donc une puissance éolienne de 8000000/1400 =5714MW. A cela correspondent 2857 éoliennes de 2MW, alors que la carte Feltz pro-active estime qu'en Wallonie il y a 41 sites possibles de 5 éoliennes chacun. On ne voit donc pas bien comment implanter 2857 éoliennes alors qu'il n'y a de la place que pour 205 ! Sur le plan pratique, on peut donc estimer que la contribution éventuelle de l'onshore wallon en matière d'indépendance énergétique est tout à fait impossible, alors que l'offshore fédéral (et non pas flamand) a un potentiel énorme.

Rappelons également que nous continuons à importer 10% de notre consommation d'électricité et que si l'on voulait y substituer l'éolien industriel onshore en RW, pour des raisons d'indépendance, il faudrait assurer une production éolienne de 4TWh/an, à savoir plus de 1400 éoliennes de 2MW alors que, rappelons-le, il n'y a de la place que pour 205 !

Examinons maintenant le scénario soit disant catastrophe de la proclamation unilatérale de l'indépendance de l'Etat flamand.
Tous les analystes politiques sont d'accord pour dire que cela n'est possible que moyennant l'abandon de Bruxelles.
Cela ne fera donc nullement disparaître l'état fédéral belge et ses deux Régions (Bruxelles, RW), dont le territoire comprend le plat continental en Mer du Nord, qui, rappelons le, continuerait à appartenir à l'Etat fédéral belge.
Il est donc impossible, pour l'Etat flamand, de " nationaliser " des éoliennes se trouvant sur un territoire qui ne lui appartient pas.
Toute tentative dans ce sens serait qualifiée par l'opinion internationale comme un casus belli impossible à imaginer dans des états démocratiques civilisés.
En passant il est bon de rappeler que les parts sociales du plus grand opérateur offshore appartiennent à 43% à des institutions publiques wallonnes.
Certes, des traités internationaux devraient régler les problèmes du passage, sur le territoire flamand, des éléments du réseau de distribution qui actuellement, rappelons-le, est national.
Signalons que les plans européens impliquent une large intégration des réseaux de distribution nationaux, bien au-delà de ce qui résulte du fait que La Belgique est reliée au réseau européen et que les échanges avec les 16 pays de la zone UCTE (Union pour la Coordination du Transport d'Electricité) se font par le réseau à 380 kV.
Personne n'imagine l'Etat flamand se retirer de cette Union, alors qu'il est lui-même tributaire de flux contractuels en provenance d'autres pays.

Quid de la " nationalisation " des centrales nucléaires ? Celles qui se trouvent en territoire flamand pourraient théoriquement être nationalisées en vertu du droit du sol (idem pour les centrales wallonnes). Mais on ne voit pas l'intérêt de ces opérations consistant à remplacer l'opérateur privé par un service public alors que partout ailleurs la privatisation a fait ses preuves.

La supériorité de l'offshore n'est plus à démontrer : meilleur rendement, minimisation des nuisances, pas de problème d'implantation spatial ni de capacité disponible.

Citons le remarquable rapport " A north sea electricity grid [r]evolution " élaboré par 3E pour le compte de Greenpeace, qui examine la possibilité d'implantation de 3.846MW dans les eaux territoriales belges, correspondant à une production de 13.100 TWh/an, soit 13% de la consommation électrique nationale 2020, ce qui balaye d'un revers de main toute idée d'implanter de éoliennes en Wallonie, puisque 1.400 éoliennes de 2MW implantées en Wallonie (ce qui est impossible, encore heureux), ne permettraient d'atteindre qu'un maigre tiers de la valeur précitée ?
Il est donc totalement irrationnel de vouloir développer l'éolien onshore en RW pour des motifs illusoires d'indépendance énergétique.


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